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Communiqué du CEDRA, 17 novembre 2023 : Les Brèves de Cigéo/Bure

Que s'est-il passé  récemment ? Entre actualités, annonces et bilans ? Toutes les infos autour de Cigéo et de la nucléarisation du territoire en Meuse/Haute-Marne ne peuvent pas faire l'objet d'un communiqué systématique. Il y aurait beaucoup trop à dire. Nous vous proposons donc régulièrement un récapitulatif des actualités et articles intéressants sur le sujet ! 

Au menu aujourd'hui : 
*Une campagne de communication de l'Andra au coût exorbitant
*Le Cedra au Festival photo de Montier-en-Der
*"La Haute-Marne n'est pas une poubelle nucléaire", une photo au Lac du Der qui ravive un passé très proche
*Le Tour de France 2024 passera par la Haute-Marne 
*Décryptage de "Complément d'Enquête : déchets nucléaires, quand les poubelles débordent"
*L'IRSN en difficulté (et la sûreté nucléaire d'autant plus)
*De bonnes nouvelles du côté de Stocamine

 Bonne lecture !

 

300 000 euros de propagande mensongère

C'est le coût de la dernière campagne de l'Andra ! Vous l'avez peut-être vue sur les panneaux publicitaires de vos villes : "A toi qui n'es pas encore né, l'Andra travaille déjà pour toi". Plutôt habile à première vue, vous aurez bien compris que l'Andra s'adresse ici aux générations futures et semble flirter sur la décision du Conseil Constitutionnel qu'elle habille à sa sauce (lire notre communiqué ici). Mais cette opération de communication composée d'un site internet dédié aux générations futures, d'un affichage intensif, et même d'un petit film emporte surtout la palme des fake news. La Coordination Stop Cigéo a réagi à la "Lettre de l'Andra aux générations futures" par ce communiqué.

 

Il semblerait que le budget dédié à la communication de l'Andra ait encore enflé ! Pour mieux camoufler ses misères ? Notre petite voix nous dit qu'elle n'aurait pas besoin de telles campagnes institutionnelles (eh oui, les affiches sont estampillées "République Française" !) si elle parvenait à convaincre que l'enfouissement de déchets radioactifs était maîtrisé et sûr. Oh, on sait, on voit le mal partout...

Lire l'article du 8 novembre de France Bleu "Projet Cigéo à Bure : une campagne de communication qui interpelle les antinucléaires"

 

Nous serons au Festival international de la photo animalière et de la Nature au Der

Si le ciel ne s'abat pas sur nos têtes d'ici là car la météo est assez capricieuse, la Coordination Stop Cigéo sera bien présente à cet événement haut-marnais mais surtout international et qui fait venir tant de monde d'ici et d'ailleurs; Notre stand sera à l'extérieur, le long du collège : vous ne pourrez pas nous louper. Nous carburerons aux boissons chaudes !

Les stands s'enchaînent particulièrement à l'automne (le prochain dimanche 26 novembre à la Foire Sainte Catherine de Langres !). Nous remercions le GAB 52 de nous avoir invité à la foire bio de Chaumont le 2 octobre et de nous permettre ainsi d’échanger avec les personnes venues régaler leurs papilles (et pas que !) et rencontrer des producteurs-trices du coin !

Nous remercions également les organisateurs du Salon bio et alternatif organisé le 22 octobre dans le cadre de la Fête de la Grue à Outines près du Lac du Der.

 

Nous étions bien placés à côté de la Brasserie du Der, avons pu profiter de l'arrivée des premières grues cendrées, et même avons organisé une petite surprise...

Action-photo au Lac du Der sur les traces d'un passé si proche

Ce même jour, le CEDRA a répondu à l'appel de la Coordination Antinucléaire "80 ans de nucléaire, du poison pour pour l'éternité" ! Nous avons profité de notre présence au Salon pour aller jusqu'à la Presqu’île de Champaubert, au Lac du Der entre Haute-Marne et Marne, pour dénoncer les impacts sur l'eau du projet Cigéo et défendre notre beau département.

 

Le projet Cigéo aurait de multiples impacts sur la ressource en eau même dans le cadre d'un fonctionnement normal. Tous les rejets finiraient par se déverser dans la Marne. Et en cas d'accident grave, la rivière transporterait ainsi la pollution jusqu'à Paris. Nous avons réussi à protéger la Marne et le Lac du Der des rejets radioactifs du projet de laverie nucléaire d'Unitech, nous espérons pouvoir préserver notre territoire du plus gros projet industriel européen en cours !

Le Lac du Der, pour celles et ceux qui ne sont pas de la région, est le plus grand lac artificiel d'Europe, créé dans les années 1960 afin de réguler l'eau de la Marne et protéger Paris des inondations. S'il fait aujourd'hui partie intégrante du paysage haut-marnais et a une haute dimension touristique, il a aussi un passé torturé. Pour créer cet immense réservoir et réguler les crues de Paris, trois villages ont été détruits : Champaubert, Nuisement, et Chantecoq.
Les habitants ont été expropriés et se sont battus pour garder leurs maisons mais n'ont pas eu gain de cause devant l'urgence de la situation pour la capitale frappée d'inondations à répétition. Lorsque le Lac est presque vide, quelques pavés des fondations sont encore visibles. C'était le cas ce jour-là, nous avons pu voir les vestiges des maisons englouties.

 

Comment ne pas y voir un parallèle saisissant avec notre affaire à nous : notre département qui serait à nouveau sacrifié au nom "d'intérêts nationaux", forcé de devoir accueillir les déchets radioactifs du nucléaire français ? Combien de villages seraient rayés de la carte par Cigéo ? L'Andra ne joue pas franc-jeu à ce propos : une grosse partie de son job consiste à rassurer la population mais en réalité, sans habitant, elle aurait le champ libre. Un tel projet pharaonique et à hauts risques s’accommode bien mieux d'un territoire sans vie. Mais dire autre chose pourrait générer un instinct de survie dans les villages autour du site.. Alors que l'utilité publique de Cigéo a été décrétée, l'Andra peut désormais procéder à des expropriations pour accéder aux terres qui lui manquent et qu'elle n'est pas parvenue à acquérir à l'usure. Au Lac du Der, une stèle est installée à la mémoire des villages à jamais disparus... et nous l'avons aussi regardée avec une certaine émotion.

Le Tour de France à Colombey-les-Deux-Eglises l'année prochaine : c'est bien noté !

Le village du Général de Gaulle sera village-étape lors du Tour de France 2024 : nous y voyons d'ores et déjà une belle occasion pour sortir notre nouvelle banderole et rappeler à la France entière que "La Haute-Marne n'est pas une poubelle nucléaire" !

Complément d'Enquête "Déchets nucléaires : quand les poubelles débordent" mérite quelques commentaires

Car oui, il nous a fait un peu tiquer : à peine quelques minutes sur Cigéo, vraiment ? C'était un choix délibéré de l'équipe éditoriale (on ne peut pas tout traiter). Mais c'est regrettable de ne voir qu'une intervention de Patrice Torrès (directeur du centre) et quelques images d'étudiant-es visitant le laboratoire et convaincu-es par les prophéties de la chargée de communication de l'Andra. Ce qui n'est pas étonnant : elle est rodée. L’Andra est devenue une agence de com, le budget dédié est colossal. Ne devrait-elle pas se contenter de gérer les déchets du nucléaire ? Nous regrettons aussi que l'émission parle de Bure au futur. Elle aurait pu en parler au conditionnel ! Certes, l’Andra ne lésine pas sur la com' pour installer Cigéo dans les têtes mais des questions épineuses comme la sûreté ou le coût ne sont pas réglées. Juste comme ça, ça coûte combien au fait une poubelle nucléaire... ? Et le reportage aurait au moins pu conclure que ce qui déborde déjà avant même d’exister, c’est bien Cigéo : il n’est même pas autorisé qu’il devrait déjà être extensible pour les déchets du nucléaire du futur. Ce projet criblé d’incertitudes sert d’alibi à la relance de l’atome.
Ce qui était en réalité au cœur du reportage, c'était le fait que la France se donne bien du mal pour faire perdurer le mythe du recyclage dans le nucléaire et faire croire que la boucle est bouclée, quitte à poursuivre ses petits arrangements bien douteux à travers le contrat entre EDF et le géant du nucléaire russe Rosatom. A Dunkerque, des cargos russes livrent des conteneurs d'uranium enrichi. Pourquoi ce commerce échappe-t-il aux sanctions contre la Russie ? "Mystère" !
La France entretient le mythe du recyclage quitte également à avoir recours à des journalistes porte-plume anonyme de l'industrie nucléaire, le reportage révélant que les industriels de l'atôme commandent même des articles avec des conclusions trouvées avant les développements et toujours à la gloire de l'atome !
Sauf qu'en réalité les sites d’entreposage saturent, les piscines de La Hague débordent, l’inventaire de Cigéo est plus qu’approximatif puisque en constante évolution… Le retraitement n’est qu’un tour de passe passe sémantique, le recyclage n’existe pas malgré tous les efforts de la filière pour entretenir la confusion. Mais tout ceci n'est pas nouveau : combien de reportages faudra-t-il pour que l’industrie nucléaire ne cesse de proférer ce mensonge ?
Le reportage est revenu rapidement sur les effets désastreux de l'extraction de l'uranium à l'étranger. Au Niger, la France ferme les yeux sur la pollution de l'eau et les conséquences sanitaires sur les populations et les travailleurs, et martèle son indépendance énergétique alors qu’elle importe 100% du minerai !
Il terminait par l'interview d'une militante antinucléaire polynésienne. Des archives militaires déclassifiées montraient en effet que la population polynésienne a été exposée à la radioactivité en toute connaissance de cause par la France. Elle déplorait le faible nombre de victimes des essais nucléaires indemnisées.
Pour le (re)voir, c'est par ici

 

L'IRSN en bien mauvaise posture (et la sûreté nucléaire aussi)

Après une première tentative rejetée par l'Assemblée Nationale au printemps, un projet de loi pour la sécurité nucléaire visant à fusionner IRSN et ASN (Autorité de sûreté nucléaire) a été dévoilé le 6 novembre. La majorité des employé-es de l'IRSN sont vent debout contre cette réforme qui pourrait compromettre à leurs yeux la sûreté des installations nucléaires du pays. Pour mieux comprendre les dessous de cette réforme, nous vous proposons d'écouter un reportage de Radio France : une enquête sur un institut qui dérange depuis longtemps et qui révèle les tensions existantes entre ASN, IRSN et les opérateurs du nucléaire. On comprend facilement que cette fusion faciliterait la relance de l’atome...

 

Stocamine, l'automne ardent

Le feuilleton n'en finit plus (pour notre plus grande joie). Les rebondissements dans “l’affaire Stocamine” montrent que rien n’est jamais terminé et qu’il faut croire en son combat jusqu’au bout : le 7 novembre, le cabinet d'avocat de Alsace Nature a réussi à obtenir une nouvelle suspension des travaux (la 3ème tout de même) avec la première reconnaissance du droit au respect des générations futures. Les autres motifs ayant justifié la décision du tribunal administratif de Strasbourg sont aussi encourageants : les deux autres conclusions concernent la protection de la ressource en eau ainsi que la non-démonstration de l’impossibilité technique et effective du déstockage des déchets du bloc 15 qui a brûlé en 2002 (qui balaye l'argument principal de la partie adverse). Alsace Nature avait lancé cet été un appel à dons pour récolter la somme de 38 000 euros afin de financer une contre-expertise indépendante révélant la faisabilité du déstockage total des déchets toxiques ainsi que l'ensemble du travail juridique qui par ailleurs se poursuivra encore de longs mois. Cette démarche a porté ses fruits ! Nous attendons la suite.

 

Lire l'article du journal Le Monde du 7 novembre "Déchets toxiques de Stocamine : le "droit des générations futures" appliqué pour la première fois par la justice"

L'Andra ne manque décidément pas d'air

Mi-octobre, elle organisait au Centre de Stockage de l'Aube (CSA) une conférence "Objets radioactifs historiques : déchets ou patrimoine" dans le cadre de la Fête de la Science.
Mais un déchet radioactif n'est rien d'autre qu'un déchet radioactif. Que l'on combatte avec force le nucléaire ou que l'on en soit partisan-e, nous devrions au moins s'accorder là-dessus. En parler autrement participe à la banalisation de leur dangerosité.