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Citoyens, Emparez-vous du projet Cigéo (ACTE II)

L’actualité fut riche en cette première partie de l’été, personne n’a échappé  :

*Au rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) faisant état des risques et des erreurs dans la conception du stockage (et nous insistons : risques connus depuis des années et soulevés par des experts indépendants !) !

*A la découverte d’une grande enceinte néolithique subovalaire de 35 hectares de surface interne et intégralement incluse dans l’emprise du projet cigéo !

*A la prescription d’une étude d’impact finalement nécessaire, faisant suite aux travaux de défrichement et de forages réalisés dans le Bois Lejuc de Mandres en Barrois que l’ANDRA a réalisé en 2016 sans autorisation (situation jamais régularisée, site jamais remis en état ...) !

*A la médiatisation erronée visant à stigmatiser une opposition violente au projet, destinée à diviser l’opposition, et à anesthésier l’engagement ! 

*A l’annonce bienvenue du retard dans le dépôt de la demande d'autorisation de création du projet Cigéo, décalé à 2019 !

 

 

  1. Au-delà d’être industriel, le projet cigéo est éminemment politique. Si nous ne sommes pas experts dans la compréhension du jargon scientifique du nucléaire, nous sommes à même de saisir les enjeux ! Il s’agit de s’émanciper de l’habituelle opposition entre le « profane » et le « technicien » qui sous-entend l’incapacité du premier à exprimer un avis. Or, lorsqu’il s’agit de projets de société, nous nous positionnons tous en tant que citoyen et c’est la meilleure légitimité !

 

*Le dialogue entre le promoteur du projet, ici l’Andra, et la population est chaotique simplement parce que leurs objectifs diffèrent. Le citoyen est là pour rétablir un l’équilibre et affirmer ce qu’il accepte, et ce dont il ne veut pas. Chacun peut le faire, c’est un début.

 

*Surtout, comme pour tout projet industriel, les caractéristiques techniques sont rarement équivalentes aux aspects sociaux. On questionne davantage le techniquement faisable plutôt que le philosophiquement acceptable. Or, s’affirmer en tant que citoyen revient à inverser cette tendance en apportant à la discussion une horizontalité. Le citoyen doit dénoncer les dysfonctionnements démocratiques et les risques, poser les questionnements éthiques. Ces risques, on les appréhende sûrement avec une logique subjective, mais qui a toute sa place dans une réflexion globale. Il ne s’agit pas nécessairement d’instaurer un rapport de force avec les traditionnels porteurs de l’intérêt général que sont l’Etat ou les élus, mais d’assumer pleinement son rôle. Soyons clair : pas de complexe inutile qui tendrait à rendre le projet bien plus inéluctable qu’il semble être !

 

 

  1. Si Cigéo est certes un cas d’école dans le sens où jamais l’Homme n’a imaginé ni conçu un projet qui bouleverserait à jamais le spatio-temporel, il est également révélateur des dysfonctionnements de nos démocraties, et symptomatique d’une crise de la participation. S’emparer de Cigéo en tant que citoyen, revient à clarifier le rôle de l’individu dans la prise de décision de notre société. Si Cigéo avait assouvi les demandes croissantes de dialogue de citoyens, il aurait pu devenir un exemple de projet construit sous les préceptes de la démocratie environnementale. Il est encore temps !

 

*Nous avons pleinement conscience, que dans le cadre du projet Cigéo comme dans tous les débats publics ayant pour objet le nucléaire, l’implication du public ne sert que de caution au bon déroulement de la procédure, ou intervient au sein d’un projet déjà bien trop mûr. Ces débats font à la fois les frais des imprécisions des dispositions législatives et réglementaires qui organisent participation du public dont les notions parfois floues telle que la « prise en compte des observations » ont grand besoin d’être clarifiées, ainsi que de la volonté du lobby nucléaire que Cigéo se fasse envers et contre tout.

 

Ils perdent alors de leur essence en amont (l’idée est qu’ils aient une influence sur la décision finale), et de leur substance en aval (ils n’ont finalement qu’un aspect purement formel).

 

Nous souhaiterions qu’un véritable débat national soit réalisé sur l’opportunité de Cigéo, et que tout soit remis à plat ! Pour cela, il faut en amont une véritable émulsion collective, nous avons besoin de chacun d’entre vous. Imaginez un débat sur Cigéo permettant de requestionner des notions fondamentales comme la participation du public, et précurseur dans la refonte de tout ce droit innovant mais encore imprécis et engendrant de fait des frustrations !

 

*Pour se conforter dans cette démarche, quelques exemples d’implications citoyennes sur le sujet : 

« L’opposition citoyenne au projet Cigéo – Cadrage géographique et enjeux géopolitiques locaux et globaux » sous la direction du Professeur en géographie Pierre Ginet, montre que le sujet est infini.

 

L’Andra va d’ici 2019 mettre un point final à sa démonstration de la faisabilité de Cigéo, là où ce livre pousse au contraire de nouvelles portes où l’on découvre combien les raisonnements sont inachevés (et alors même que certains risques soulevés sont irrémédiables !).

 

Le sujet est bien loin d’être clos, alors attaquons-nous aux questions sous-jacentes et acceptons de remplir notre rôle, celui que l’on continue à nous refuser !

 

Œuvrons tous à l’antithèse de l’Andra : celle des citoyens !

« Longtemps, j’ai cru que mes arguments devaient être basés sur des chiffres, des faits précis. Mais ce n’est pas qu’avec des chiffres et des hypothèses scientifiques que j’ai envie de parler du nucléaire. Je souhaite parler de tout cela avec ce que je ressens et de manière plus générale, mettre en lumière la force de nos témoignages. »

 

Cet extrait de la conférence gesticulée de Marie Béduneau illustre tout à fait l’idée de ce communiqué. Comment papoter nucléaire et déchets radioactifs sans que l’on nous rétorque que l’on n’est pas un expert ?

 

En acceptant au préalable… de ne pas en être un !

 

Pour ceux qui l’auraient manquée, Marie sera présente au Festival des Bure’lesques qui se déroule du 11 au 13 août à quelques kms de Bure, où nous vous incitons fortement à vous rendre [pour des infos pratiques, pour le programme, c’est ici !]